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Le bouddhisme est introduit à la Cour impériale japonaise vers 552 après J.-C. en tant que religion salvatrice de l’État. Dans un Japon ancien où chaque manifestation humaine doit être conforme aux religions, il influence les règles de construction de l’Ikebana du fait même que celles-ci sont créées par des moines bouddhistes. Les premiers moines qui créent les premières règles de l’Ikebana sont les Dōbōshῡ (préposés) employés par les Shoguns Ashikaga. La plupart d’entre eux, au début de la domination Ashikaga (1336-1573), appartiennent à la branche bouddhique Ji-shū, fondée au XIIIe siècle par Ippen, moine de la secte Tendai. À la chute du shogunat Ashikaga en 1573, ils sont remplacés par les Ikenobō, appartenant également à la secte Tendai.

Ces règles de l’Ikebana reflètent la théorie bouddhique de l’interdépendance (Anatta) selon laquelle la réalité existe comme un réseau de relations. Ces relations se manifestent tout à la fois, dans le rapport entre la dimension du vase et celle des plantes, dans le rapport de « forces » entre les plantes et enfin dans le rapport entre la composition et l’environnement qui l’entoure.

 

Analysons la relation entre les plantes.

Par « poids optique », nous entendons la sensation visuelle de force que nous procure un végétal laquelle est basée sur de multiples facteurs tels que la couleur, la forme et le volume.

 

 

 

Paravent à six panneaux. Faisan et pin,  Kanō Koï (1569-1636)

 

En regardant ce paravent, trois volumes (le pin, l’eau et la pleine lune) sont immédiatement perceptibles. Ils ont clairement des forces différentes : la masse de pins prédomine, la masse d’eau est moins forte et la masse lunaire est la plus faible des trois.

L’ikebaniste, lors de la construction de son arrangement, doit se référer à ce concept afin que la « force optique » (poids optique) des trois éléments principaux (Yaku-eda : Shu-shi, Fuku-shi et Kyaku-shi) soit bien respectée : Shu-shi doit être rendu avec une « force optique » supérieure à celle de Fuku-shi et à son tour Fuku-shi doit être rendu avec une « force optique » supérieure à celle de Kyaku-shi.

Même les Chukan-shi entrant dans la composition doivent avoir un poids optique inférieur au végétal dont ils sont les auxiliaires : « les Chukan-shi sont subordonnés au végétal dont ils sont les auxiliaires ».

 

 

 

 

Un autre exemple pour comprendre ce concept est de voir la position des trois premiers athlètes récompensés sur un podium :

Le 1er (au milieu sur la plus haute marche) a gagné car sa « force musculaire » est supérieure à celle du 2ème (à droite du premier et sur une marche inférieure) qui, à son tour, a une « force musculaire » supérieure à la « force musculaire » du 3ème (sur la marche la plus basse des trois).

 

 

Dans un arrangement d’Ikebana, le concept est similaire : dans un Moribana Chokuritsu-kei, Hon-Gatte (style vertical, à gauche), dont sont issus tous les autres styles, les trois Yaku-eda (éléments principaux) sont comparables, tant par leur position que par leur « force », aux trois athlètes vainqueurs sur le podium. En utilisant la terminologie de l’École Ohara, Shu-shi au milieu est comparable au 1er athlète, Fuku-shi, le 2e athlète, est à sa droite tandis que Kyaku-shi, le 3e athlète, est à sa gauche. Comme les trois athlètes qui ont une « force musculaire » décroissante, Shu-shi, Fuku-shi et Kyaku-shi ont un « poids optique » décroissant.

Puisque tous les autres styles du Shikisai Moribana et du Heika dérivent tous du Chokuritsu-kei, même si la position de Shu-shi change par rapport au Chokuritsu-kei d’origine, la différence de « poids optique » des éléments utilisés ne change pas.

 

 

 

 

 

 

Ainsi pour le bonsaï, cette conception est appliquée et le poids optique des trois branches principales est basé sur le même concept que Shu-shi, Fuku-shi et Kyaku-shi, tant en termes de placement que de poids optique.

La plus grande canopée au centre correspond à Shu-shi (terminologie de l’École Ohara), celle du milieu à gauche correspond à Fuku-shi et la plus petite à droite correspond à Kyaku-shi.

L’élève ikebaniste apprend à mesurer les branches et les fleurs selon la masse ou la forme de leur corolle. Les schémas ci-dessous montrent comment les plantes, afin de conserver le même poids optique, sont allongées ou raccourcies selon la forme de leur corolle ou de leur inflorescence.

 

 

D’autres éléments déterminent ce poids tels que la couleur, « l’âge » des rameaux, la « jeunesse » des feuilles, le rapport feuille/bois ou feuille/tige, le stade de développement des plantes et bien d’autres.

 

Exemples dans lesquels, bien qu’étant de hauteur égale, l’élément A est « optiquement plus lourd » que l’élément B.

 

 

Pour rendre B de « poids optique égal » à A, celui-ci doit être allongé comme dans C.

 

 

A et C ont maintenant un « poids optique » égal.

 

 

Attention : un végétal peut être fragilisé en le raccourcissant ou en l’éclaircissant. Mais une fois coupé ou aminci, il ne peut plus être renforcé. Le seul moyen de le renforcer est d’ajouter un auxiliaire. Avant d’utiliser le sécateur, vous devez réfléchir à deux fois ! Si le végétal B a été coupé, le seul moyen de le renforcer et de lui donner le même poids que A est d’ajouter un ou deux auxiliaires.

Maintenant A et B ont le même « poids optique ».

 

Autre règle importante, la couleur : ce qui est « lourd », sombre,  va au centre de la composition, ce qui est « léger », clair, à la périphérie ».

 

 

 

 

 

 

Dans ce Shikisai-Moribana Yoshiki Hon-I (Moribana traditionnel) avec chrysanthèmes, la « bande couleur du groupe intermédiaire » est plus sombre que les couleurs du groupe Shu-Fuku et du groupe Kyaku.

 

 

 

© École Ohara

 

 

 

 

 

 

 

Ce concept de poids optique est bien apparent dans le célèbre dessin intitulé ‘Six kaki’ attribué au moine chinois Mu Qi, fin du XIIIe siècle. Les teintes les plus foncées sont au centre et les plus claires à la périphérie (Voir Article 56, Les six kaki de Mu Qi).