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ROPPO (= six canons ou principes de HSIEH HO).

L’écrivain chinois Hsieh Ho, au début de 500 après J.-C., écrit un traité intitulé « Notes sur le classement des peintures anciennes » dans lequel il expose les principes de la peinture de son temps sous la forme de six principes.

Au fil du temps, ces six règles sont utilisées pour juger de l’esthétique de la calligraphie puis dans l’appréciation de tous les arts. Elles deviennent la base du jugement esthétique des traditions artistiques chinoise. Importées au Japon durant la période Kamakura par les moines Zen, les six règles servent aussi de base au jugement de toutes les formes d’art traditionnel (dont l’Ikebana). Elles sont classées par ordre décroissant d’importance, de la 1ère (celle qui a la valeur artistique la plus élevée) à la 6ème (celle par laquelle les débutants commencent).

 

1er KI-IN-SEI-DO : État d’esprit, force vitale, expression spirituelle. L’artiste doit ressentir la circulation de sa propre énergie vitale Ki dans l’œuvre, s’identifier à l’œuvre.
Le concept d’idéal artistique est complètement différent de l’idéal occidental puisqu’il stipule que si l’œuvre n’est pas une expression de l’esprit, elle ne peut pas être qualifiée d’œuvre d’art.

 

2ème KOPPO-YOSHITZU : Utilisation du pinceau « réduit jusqu’à l’os ». L’artiste doit savoir capter l’essentiel en mettant en valeur les lignes structurelles, l’essence de l’œuvre, en laissant de côté l’inutile.
Pour l’ikebaniste, c’est éclaircir les plantes, souligner les lignes et les masses de manière soignée.

 

Les quatre autres règles sont principalement techniques.

 

3ème OHBUTSU-SHOKEI : Donner une ressemblance en accord avec l’objet. L’artiste doit dessiner la forme en accord avec la nature de l’œuvre.
Pour l’ikebaniste c’est le respect des caractéristiques de la plante choisie, l’insérer dans la composition en tenant compte de sa position naturelle de croissance mais aussi de la représentation de la plante dans l’imaginaire et la tradition picturale japonaise.

 

4ème ZUIRUI-FUSAI : Utilisation de la couleur. L’artiste doit appliquer la couleur en fonction de la nature de l’œuvre.
Pour l’ikebaniste c’est le choix et l’association des couleurs entre les plantes et entre les plantes et le contenant.

 

5ème KEIEI-ICHI : Composition spatiale. L’artiste organise la composition en plaçant les éléments dans l’espace disponible.
Pour l’ikebaniste c’est le respect des espaces dans les styles prescrits que l’École Ohara appelle ‘Kei,’ (en lecture Kun du kanji et ‘Kata’ en lecture On). C’est aussi l’équilibre entre les masses et les volumes des différentes plantes, le contenant, le lieu où la composition est placée.

 

6ème DEN I-MOSHA : Transmission de l’expérience du passé par copie. Le débutant doit commencer par copier les œuvres des maîtres en essayant de rendre « l’essence du pinceau » et les manières du maître. La copie doit transmettre les émotions et les idées du maître c’est-à-dire son Ki.
Pour l’ikebaniste, c’est la copie des styles (Kei/Kata) de l’École. La copie, dans la culture occidentale, est perçue de manière négative. Pour l’ikebaniste, il est important de copier les schémas de composition enseignés, copies qui ont des fonctions à la fois physiques et psychologiques :

 

– La copie permet un apprentissage progressif de la maîtrise des mouvements (utilisation du sécateur, techniques d’ancrage et de béquillage, modification et dimensions des végétaux, etc.).

– La comparaison avec un modèle contribue à diminuer l’impétuosité expressive de l’élève et, plus généralement, sa présomption.

– La copie permet à l’élève d’incorporer l’essentiel, le « souffle vital », le Ki de l’œuvre originale.

 

A l’époque Sung (960-1279), toujours liés à la peinture mais applicable à tous les arts, ces Six Canons expriment six principes fondamentaux:

1. L’action du Ki et le travail énergétique du pinceau vont de pair.
Pour l’ikebaniste, l’utilisation du sécateur va de pair avec l’action du Ki.

 

2. La conception de base doit être fidèle à la tradition.
L’ikebaniste doit être fidèle aux Kata, (Kei) aux styles de son école (pour l’École Ohara ce sont les Chokuritsu-kei, Keisha-kei, Kansui-kei et Kasui-kei).

 

3. L’originalité ne doit pas mépriser « Li » c’est-à-dire le principe ou l’essence des choses
Pour l’ikebaniste, il s’agit de respecter la nature de la plante et son mode de croissance naturelle.

 

4. La couleur, lorsqu’elle est utilisée, doit être un facteur d’enrichissement.
Pour l’ikebaniste, la structure compositionnelle est plus importante mais elle peut être rehaussée par la couleur végétale judicieusement choisie.

 

5. Le pinceau doit être tenu avec spontanéité
Le sécateur doit être tenu avec spontanéité.

 

6. Apprenez des maîtres mais évitez leurs erreurs.

 

En peinture, le Ki est donné par le « mouvement du pinceau », des mains de l’artiste. Dans la tradition japonaise, une œuvre d’art est définie comme telle lorsqu’on peut distinguer la présence du Ki de l’artiste dans son œuvre (ou dans la composition pour l’ikebaniste).

 

Si l’on pense à la forme expressive de l’Ukiyo-e (estampes japonaises gravées sur bois qui représentent la vie populaire, théâtrale et légendaire de la période Edo), on s’aperçoit qu’elle n’est pas considérée, lors de sa première apparition, comme une œuvre d’art par les Japonais cultivés. La raison de ce manque de considération est précisément le manque de reconnaissance de la présence du Ki dans cette forme d’art. La classe éduquée pense, à l’époque, que la sensibilité artistique se perd dans la sculpture du bois. Même si la ciselure est parfaite, elle n’est que l’ombre de la sensibilité et de l’habileté de l’artiste utilisant le pinceau. Par conséquence, une œuvre sans identification claire du Ki ne peut être considérée comme une œuvre d’art. Par ailleurs, les thèmes traités dans les Ukiyo-e, jugés trop populaires, ne répondent pas aux exigences d’élégance et de raffinement du goût de la noblesse. N’étant pas appréciées en tant que forme artistique, les gravures sur bois Ukiyo-e sont alors utilisées de la même manière que l’on utilise de vieux journaux pour emballer des objets envoyés à l’étranger. Cet événement fortuit a conduit à la découverte de l’Ukiyo-e en Occident.