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Brèves remarques sur l’apprentissage de l’Ikebana

 

Les plantes, dans leur ensemble et dans leurs caractéristiques intrinsèques, poussent dans la nature de manière harmonieuse avec les autres plantes qui les entourent. Une fois cueillies et détachées « de l’harmonie naturelle » dans laquelle elles ont poussé et disposées dans un contenant, l’harmonie est restaurée grâce aux règles de composition de l’Ikebana.

En effet, ces règles sont issues des religions-philosophies (shintoïsme, bouddhisme et bouddhisme zen, taoïsme, confucianisme) dans lesquelles l’homme et la nature font partie d’une même entité (contrairement au christianisme qui les voit séparés) et sont donc « gouvernés » par les mêmes principes. De plus, ces règles (comme dans tous les arts traditionnels japonais) ont été « distillées » passant d’une génération de maîtres ikebanistes à l’autre du XVe siècle à nos jours.

Comme pour l’apprentissage des règles grammaticales d’une langue étrangère, le débutant les apprend et les applique avec une sorte de «pédanterie grammaticale» puis « les oublie » une fois acquises et intégrées quand il parle couramment la langue, les règles de l’Ikebana ne sont pas des fins en soi, mais elles servent à comprendre les principes directeurs qui régissent les relations entre les plantes, le contenant et le lieu où la composition est placée.

 

Introduction

 

La disposition des végétaux dans un Ikebana a toujours reproduit symboliquement l’organisation sociale de ses créateurs et de ses pratiquants ainsi que leurs croyances religieuses et philosophiques.  Et même si ces symboles ont perdu leur sens avec le temps, la structure de base de l’Ikebana adossée à ces symboles est demeurée pratiquement inchangée jusqu’à ce jour.

Les compositions depuis le XVe siècle (période d’apparition de l’Ikebana) jusqu’au début de la période Edo (1603-1868) sont des constructions symboliques utilisant des plantes pour représenter des concepts philosophico-religieux. Ces compositions expriment l’harmonie de l’univers en se référant non seulement aux symbolismes shintō et bouddhique mais aussi aux concepts de Yin/Yang (Voir Article 2, Les concepts de fort et de faible).

En fait,

 

Les feuilles, les branches et les fleurs sont considérées :

– Yang, le côté qui pousse vers le soleil (Hi-Omote).

– Yin, le côté qui pousse à l’ombre (Hi-Ura).

Hi = soleil

Omote = face

Ura = opposé, en-dessous.

 

     Face/Yang/Positive Arrière/Yin/Négative
 

Dans toute composition, il y a 2 côtés :

– un côté considéré comme Yang,  les végétaux Yang : Ki-Mono, Ki=bois.

– un côté considéré comme Yin, les végétaux Yin : Kusa-Mono, Kusa=herbe, (Voir Article 15, Origine symbolique de l’Ikebana : Tao et la construction du Tai-ji).

 

La composition constituée d’un nombre impair d’éléments est préférable car les nombres impairs sont considérés comme Yang, à la seule exception du nombre deux qui, bien que Yin comme tous les nombres pairs, est utilisé car il est la somme de Yang + Yin (Voir Article 62, Utilisation des nombres impairs en ikebana).

 

À partir de l’époque Edo (1603-1868), la vision cosmique et mystique de la vie et la perception sacrée de la nature, caractéristiques des époques précédentes, commencent à décliner. Parallèlement s’opère un processus de sécularisation des arts en général, dont l’Ikebana : la symbolique sur laquelle s’est fondée la création des règles de construction de l’Ikebana devient dépassée et, peu à peu, partiellement oubliée. La plupart de ces règles, fondées sur des symboles religieux et philosophiques, continuent d’être appliquées sans plus en connaître leur origine symbolique.

Les arrangements sont désormais perçus d’une manière différente et, par conséquence, ils sont identifiés au regard d’une nouvelle lecture des Kanji.

Alors qu’au début de la période Edo, ils sont appelés en lecture On Shō-Ka/Sei-Ka maintenant on les désigne désormais en lecture Kun, Ike-Bana, en mettant en évidence le verbe ‘Ikeru’ = donner la vie, c’est-à-dire que les plantes ne sont plus perçues pour leur symbolisme mais comme des êtres vivants (Voir Article 50, La langue japonaise, lecture On, lecture Kun des kanji et Article 54, Évolution de l’Ikebana au-travers de la lecture des Kanji).

Malgré ce changement de perception des compositions, les règles de base de construction restent celles du Rikka, bien que simplifiées.

Toujours au début des années 1800, dans le texte anonyme daté de 1801 « Enshū Soka ikō kadenshō » (transmission orale de l’Ikebana de l’école Enshū),  il est affirmé péremptoirement :

– si dans une composition, on ne retrouve pas les principes du Yin/Yang, ce n’est pas un Ikebana.

Au Japon, le syncrétisme religieux et philosophique s’est toujours pratiqué, c’est-à-dire qu’il n’a jamais été nécessaire de choisir une religion ou une philosophie en rejetant les autres.

De chaque religion, de chaque philosophie, les Japonais ont toujours choisi ce qui semblait le plus approprié ou le plus utile selon les circonstances, que ce soit dans la vie privée ou la vie publique ou pour les rites de passage comme la naissance, le mariage, les funérailles.

L’Ikebana reflète ce syncrétisme car les symboles des deux religions, shintoïsme (ou shintō) et bouddhisme, et des différentes philosophies y sont facilement reconnaissables. Le choix des plantes et leurs associations, leur position idéale dans la composition, leur orientation et leurs dimensions, tous sont basés sur les symboles du taoïsme, shintoïsme, bouddhisme, néo-confucianisme et sur les pratiques magico-religieuses comme le Feng-Shui.